1.
Si la guerre n’a jamais vraiment disparu du monde, elle ne nous paraît jamais autant d’actualité que quand elle frappe avec brutalité les frontières de l’Europe. Les promesses d’hier, de paix et de prospérité au lendemain de la victoire sur le nazisme, tiennent-elles encore de la réalité alors l’uchronie contemporaine — les projets hégémoniques, expansionnistes, fascisants et racistes — écrase les Peuples ?

Les politiques mémorielles nous ont-elles fait somnoler et oublier le travail de mémoire ? Les commémorations, épisodiques, mécaniques et sans esprit critique, nous ont-elles fait vivre une illusion ?
Ont-elles entretenu le mythe rassurant que nous nous étions débarrassés à jamais du fascisme alors qu’il reste éminemment moderne et contemporain ?
Le temps galope, et comme un vieux serpent des mers la bête immonde refait surface sur le devant de la scène politique et frappe plus violemment que jamais aux portes du pouvoir.
2.
La « normalisation » des extrêmes droites se joue notamment à l’échelle européenne ; désormais, elles ne sont plus reléguées aux marges du débat politique mais elles ont fait irruption dans les institutions, dans nos démocraties parlementaires et chargent inexorablement contre l’état de droit et contre nos libertés.

De Meloni à l’AfD en passant par Orban, la parole fasciste s’actualise, elle se dépasse sans renier ni son passé ni son héritage.
La proximité idéologique avec des théories qu’on croyait anachroniques et enterrées est évidente dans ces discours 2.0 aux relents de nouveauté.
Comment ne pas y voir un triste parallèle avec les années 30, l’insinuation de la haine de l’altérité et la fascisation des franges entières des « élites » politiques ?
3.
En France plus particulièrement la question du RN impose de nous questionner sur le rapport des citoyens au politique… car ce serait se voiler la face, et se rendre coupables d’inaction, que de ne pas voir que sa parole porte et que son analyse de la société séduit plus d’un tant la lassitude et l’insatisfaction sont répandues, ainsi que le détachement vis-à-vis de l’offre partisane et des institutions politiques.
S’ils se croient aux portes du pouvoir c’est car ils profitent de l’atonie générale et du désintérêt pour le politique. Le traumatisme national — et local — de la séquence électorale de 2024, est un regrettable événement historique qui confirme des tendances déjà repérables par la sociologie électorale depuis des années.
4.
Mais l’ascension électorale du RN restera cela, un évènement. Il relève de notre devoir de faire échec à leur avènement. Commémorer le 8 mai c’est également se souvenir et s’armer pour combattre les fondements de ces idéologies antidémocratiques. Le temps est venu de sortir de la douceur et de la torpeur pseudo-démocratiques, il n’est plus que jamais urgent de réinvestir le politique et d’affirmer notre volonté de renouveau démocratique.
Fabrizio Elorrieta Montoya
