UNE ÉTUDE PRÉSENTÉE À L’AGORA XIII DU 20 MAI 2026
par Alexis Nicolaï et Nanie Bellan

Voici une modeste analyse, conduite suite aux élections municipales de 2026 et exposée à l’Agora n°13 du 20 mai 2026. Elle vise à savoir s’il existe des permanences dans l’électorat populaire à Martigues, quelle que soit la période et le type de scrutin envisagé.
Nous avons donc volontairement évacué toute comparaison intra-scrutin (par exemple des municipales de 2014, 2020 à 2026). Et nous sommes parfaitement conscient.e.s que bien d’autres angles d’attaque sont intéressant pour analyser ces résultats aux élections.
C’est en cela que cette étude revendique sa modestie, et a aspiré à ouvrir le débat à l”Agora n°13 notamment
LES DONNÉES EXAMINÉES
Ce sont les résultats aux élections nationales à Martigues, depuis 2022, par bureau de vote.
Ces élections sont donc la Présidentielle de 2022, les Législatives de 2022, les Européennes de 2024, les Législatives de 2024, les Municipales de 2026.
LA QUESTION POSÉE :les électrices/teurs des quartiers populaires ont-iels un comportement différent de celles et ceux des autres quartiers ? Et si oui, lequel ?
Pour répondre à cette question, nous avons dû choisir l’échantillon des bureaux de vote des quartiers populaires étudié, en sachant que d’autres quartiers regroupent également des catégories populaires. Notre choix est donc un choix discutable, mais nous avons retenu les 7 bureaux qui correspondent à 7 grandes cités populaires de la ville : Boudème n°3, Le Grès les Capucins n°17, Les Quatre Vents n°23, Canto Perdrix n°24, Notre Dame des Marins n°26, Paradis Saint Roch n°29, Mas de Pouane n°32.
Ces 7 bureaux de vote rassemblent à ce jour 6649 inscrits, sur un total de 37072 pour la ville, et donc pour 30423 inscrits dans les autres quartiers.
Pour analyser la spécificité des résultats dans ces quartiers populaires (QP), nous allons les sommer, calculer le pourcentage des voix, et les confronter à ceux obtenus dans les autres quartiers de la ville (AQ).
PREMIÈRE OBSERVATION : les abstentions
Nous avons enregistré les pourcentages d’abstentions au cours des scrutins envisagés.


Et voici la première observation d’une spécificité des QP par rapport aux AQ : de 2022 à 2026 et quel que soit le type d’élection :
Le pourcentage d’abstentions dans les QP est plus élevé
que dans les AQ de la ville.
L’écart se chiffre de 9 à 14% d’abstentions supplémentaires dans les QP.
SECONDE OBSERVATION : y a-t-il une spécificité du vote dans les QP ?
Pour tous les scrutins de 2022 à ce jour, et pour les principales formations politiques, nous avons enregistré le pourcentage de voix dans les QP et dans les AQ. Et nous en avons calculé la différence : quand la différence est négative, cela signifie que le pourcentage obtenu est plus petit dans les QP que dans les AQ. Bien entendu, quand le pourcentage est positif, c’est l’inverse.
Pour une meilleure lisibilité, le tableau présente les données en noir pour les valeurs négatives, et en rouge pour les positives.
NB : Pour les législatives de 2022, la NUPES regroupe LFI, EELV, PS, PCF. En 2024, c’est le NFP qui présente ce même regroupement de formations.

Quelles observations ?

- Quel que soit le type d’élection, et de 2022 à 2026, les habitant.e.s des QP votent moins pour le RN que dans les AQ, jusqu’à -12% législatives 2024, dans le contexte de menace de Bardella d’être 1er ministre.
- Les habitant.e.s des QP votent davantage à gauche que dans les AQ de la ville. Mais pas pour n’importe quelle gauche, puisque mis à part un faible avantage pour le PCF aux Européennes (de seulement 0,6%), les votes pour EELV et le PS apparaissent en négatif.
- Par contre, c’est la gauche radicale ou rassemblée sur un programme de gauche radicale, qui enregistre un accroissement de son score dans les QP : LFI à la Présidentielle et aux Européennes, NUPES et NFP aux législatives.
Vue la constance de cet effet dans le temps, et sur la diversité des scrutins, nous avons tendance à penser que ce gain pour la gauche radicale dans les QP constitue un effet durable et significatif. D’’ailleurs cette observation locale rejoint les résultats nationaux de LFI qui connait ses meilleurs scores dans les quartiers populaires.
QUID DU CCM ET DE SON RAPPORT AUX QP ?
Son score est de 7,9% sur l’ensemble de la ville. Mais a-t-il “rencontré”, ou pas, l’électorat des QP ? a-t-il bénéficié de l’avantage à la gauche radicale dans les QP ?
Nous avons traité cette composante comme les autres formations, et le résultat révèle que entre QP et AQ, le CCM fait à peu près jeu égal, à -0,3% près.
Cela signifie que dans les QP, le CCM n’a pas bénéficié de la prime à la gauche radicale.
Par contre, la liste conduite par Gaby Charroux enregistre un gain de cette nature, de 13% au 1er tour à 15% au second.
Sa liste a-t-elle drainé cette prime de gauche radicale ? Ou d’autres facteurs sont-ils intervenus ?
QUELQUES PISTES D’INTERPRÉTATION DE CES RÉSULTATS
SOUMISES AU DÉBAT
Le Collectif Citoyen Martégal a été constitué dans le but de peser dans les élections municipales de 2026. Le score de 7,9 % – considéré comme honorable par certain.e.s ou décevant par d’autres – est à mettre en relation avec les objectifs fixés par chacun.e. S’agissait-il de constituer une liste « de témoignage » ou « pour la gagne »
Quoi qu’il en soit, une liste citoyenne de gauche devrait surperformer dans les quartiers populaires. Le programme du CCM est d’ailleurs axé sur les enjeux démocratiques, écologiques et sociaux. Ce dernier point est en théorie un facteur de mobilisation dans les quartiers populaires et de surperformance. Et pourtant, ces territoires défavorisés, « électorat cible » de notre campagne, n’ont en moyenne pas plus voté pour le CCM que les autres électorats (-0,3 %). En revanche, l’autre liste de gauche conduite par le PCF Gaby Charroux, a réalisé de bons à très bons scores dans les quartiers populaires.
Plusieurs facteurs pourraient expliquer ce résultat mitigé pour le CCM dans lesquartiers populaires :
Le déficit de notoriété des candidat.e.s
¤ Frédéric et Barbara sont moins connu.e.s que Charroux, Fouquart ou Di Maria. Le binôme a été constitué tardivement (décembre 2025) et il n’est apparu sur les documents de propagande électorale qu’à partir de février 2026.
¤ débat au sein du CCM pour afficher le portrait du binôme ou des 43 colistier.e.s.
¤ or, selon les travaux de sociologie électorale, comme par exemple ceux de Laura Giraud et Christine Pina sur les élections municipales de 2014 à Razac, « rares sont les tracts qui ne portent photographie du candidat, qui ne fassent, de fait, le lien entre un portrait et un territoire » […] « le tract est le lieu de fabrication et de diffusion de l’identité de l’homme politique ». L’enjeu consiste surtout en début de campagne de se faire un nom, « de construire une autochtonie (objectivée par les engagements associatifs, politiques, sportifs, le lieu de résidence…) et d’espérer en tirer les bénéfices grâce à l’enracinement local ».

Les documents de propagande électorale
¤ l’affiche de campagne : est-elle arrivée trop tard ? A-t-elle permis de combler le déficit de notoriété du binôme ?
¤ affichage et distribution des tracts : organisation, lieux ciblés, méthode… Quel bilan ?
¤ les tracts : débat sur la l’identification du CCM, l’identité de la liste, du binôme, de la lisibilité, de l’efficacité du message.
L’affichage des partis sur les documents de propagande
¤ afficher moins : refuser la mention des partis politiques, pour construire une « vraie liste citoyenne » et/ou éviter le bad buzz autour de LFI ?
¤ position médiane : mentionner les partis en bas du document, comme nous l’avons fait ?
¤ afficher plus : afin de ne pas cacher à l’électorat l’appartenance partisane de certain.e.s, qui pourrait être un plus dans les quartiers populaires (LFI ?).
L’ancrage local dans les quartiers populaires
¤ les travaux de sociologie électorale d’Antoine Lévêque, qui a notamment étudié le cas de Vaulx-en-Velin dans la banlieue lyonnaise, mettent en évidence un « mécanisme de double absence » : les élu.e.s / candidat.e.s sont de plus en plus éloigné.e.s des lieux de sociabilité populaire, c’est pourquoi les intérêts des habitant.e.s de ces quartiers pèsent de moins en moins dans les campagnes électorales. En retour, les classes populaires constatent cet éloignement croissant et votent de moins en moins.
¤ des colistier.e.s sont issus des quartiers populaires. Mais la surperformance n’est visible qu’aux Quatre Vents et à Mas de Pouane. Pourquoi ?
¤ de l’ancrage au local au clientélisme de la liste du PCF ?
Le débat fut riche, et il demeure ouvert….
Une réponse à « COMPORTEMENT POLITIQUE DES QUARTIERS POPULAIRES à martigues »
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Un grand merci pour le temps passé sur cette analyse, c’est un super outil pour nous ! En me plongeant dans les chiffres, j’ai une petite réflexion et une question qui me trottent dans la tête.
D’abord, le constat : les données montrent que même si le CCM avait surperformé dans ces quartiers populaires, on serait passés de 7,9 % à 9,09 %. Sur les 230 voix obtenues, cela ne représente qu’un gain de 34 voix.
Du coup, cela m’amène à la vraie question stratégique : le CCM doit-il concentrer ses forces et investir dans les quartiers populaires pour y élargir sa base, ou a-t-on plutôt intérêt à capitaliser sur les quartiers où nos soutiens sont déjà bien ancrés ? Hâte d’avoir votre avis là-dessus !

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