ANATOMIE D’UNE LISTE

Une liste pas comme les autres, pour faire de la politique autrement

Nanie Bellan



En ces temps de bilan, revenons sur la liste du CCM qui a obtenu 7,9% des suffrages. Le programme, quant à lui, a fait l’objet de diverses présentations (il est disponible ici même), et révèle dans son mode d’élaboration comme dans son contenu que faire de la politique autrement n’est pas un slogan creux.

Concernant la liste, trois épisodes sont abordés dans le collage reproduit ci-dessus : l’historique de la constitution de la liste, puis sa composition politico-sociale, et enfin son analyse en termes de parité sociale.


HISTORIQUE

La liste est originale dès sa naissance : ce ne sont pas les partis, ni même quelques personnes “sachantes” qui ont dessiné son ébauche. C’est en Agora, en assemblée générale plénière du CCM que les critères pour les candidatures ont été examinés. Puis un débat mouvant a enregistré les premières candidatures : qui veut être présent sur la liste, puis qui veut  y occuper une place éligible, voire un poste d’adjoint.e, enfin qui postule au statut de maire ? À une cinquantaine de participant.e.s, c’est un exploit démocratique !

Très vite d’autres candidatures se sont faites connaitre, et une commission ad hoc a vérifié leur validation, à la lumière de divers critères dont celui, essentiel, du respect des Chartes du CCM.

En décembre 2025, l’Agora a désigné les quatre premier.e.s de liste : Fredéric Grimaud et Barbara Brouchos, têtes de liste pour être respectivement maire et responsable à la métropole, Jérôme Druilhe et Hadda Nani Benouri, numéros trois et quatre.

Ensuite il fallait ordonner le reste de la liste, soit les 41 suivant.e.s. Autre exploit, durant toute une journée, les candidat.e.s ont travaillé, avec le concours des associations  Fréquence Commune et Démocratiser La Politique.

Il en est ressorti la liste, celle que nous allons analyser ci-après et qui a été soumise au vote le 15 mars.


LA LISTE DU CCM : COMPOSITION POLITIQUE ET SOCIO-PROFESSIONNELLE

Le CCM est indépendant des partis qui le soutiennent, c’est à dire EELV, LFI, le Parti Occitan et le Parti Pirate.

La liste comporte 13 candidat.e.s engagé.e.s politiquement dans ces partis, dont un membre du mouvement Debout!. Donc, 32 candidat.e.s soit 68% ne sont pas adhérents à un parti.

Elle compte 23 membres d’une association, soit 51% et 13 syndicalistes, soit 29%.

Du point de vue socio-professionnel, la liste est composée de 11 enseignant.e.s -10 ouvrier.e.s, techniciens, employé.e.s, demandeur.e.s d’emploi – 6 ingénieurs – 1 paysan – 2 médecins – 4 professions intermédiaires et 11 retraité.e.s.


LES “MARRAINES” DE LA LISTE : FRÉQUENCE COMMUNE, ET DÉMOCRATISER LA POLITIQUE.

Deux associations ont contribué à la constitution de la liste.


FRÉQUENCE COMMUNE : Cette association promeut les listes citoyennes et participatives.

Née dans les années 2020 dans la foulée de la liste conduite à Barcelone par Ada Colau, inspirée par le mouvement des Gilets Jaunes, elle entend répondre à la désaffection des politiques qui habite une majeure partie des citoyen.ne.s. Elle prone l’idée que le local doit agir pour transformer le global. Elle valorise des méthodes participatives de réflexion et de décision basées sur la coopération collective, l’intelligence collective. Ainsi le tirage au sort est valorisé, parce que “Mme et Mr Tout-le-Monde sont les seuls artisans possibles d’un renouvellement en profondeur de nos institutions”. Concernant les partis politiques, Fréquence Commune conseille une vigilance méfiante face à eux, mais n’exclut pas totalement certaines coopérations sous certaines conditions.

Elle a organisé un week-end de formation des militant.e.s du CCM, en été 2025. Elle a également participé à la journée de travail qui a abouti à l’ordonnancement de la liste.


DÉMOCRATISER LA POLITIQUE (DLP): Ce mouvement, initié après les élections de 2022 par Kevin Bhema Vacher et une équipe de chercheur.e.s pose un objectif simple : les femmes ont obtenu la parité de genre, fixons-nous le but d’obtenir la parité sociale. C’est-à-dire obtenons que les classe sociales occupent dans les instances élues la même place que dans la population.

Un paradoxe : depuis 2002, 17 millions de personnes ont candidaté à une élection, dont 30% de classes populaires. Un engagement massif contrairement aux idées reçues ! Pourtant seuls 6% des parlementaires sont issu.e.s des classes populaires.

DLP se méfie de la démocratie participative qui peut reproduire voire amplifier les inégalités en donnant la parole à celles et ceux qui l’ont déjà. Selon DLP, il faut intensifier les efforts vers les inaudibles (les plus précaires, les racisé.e.s,…). “L’enjeu, ce n’est pas de « faire participer » les catégories populaires mais de lutter contre la surdité sélective des institutions !”(Manon Loisel, consultante en stratégies territoriales et enseignante à l’Ecole urbaine de Sciences Po).

Concernant les partis politiques, DLP a une attitude critique mais mitigée : si dans leur majorité ils participent du système inégalitaire, ils peuvent parfois oeuvrer même avec les méthodes traditionnelles pour la mixité sociale.


DLP PASSE LES LISTE À LA MOULINETTE DU TEST DE PARITÉ !

Les chiffres fournis sur le site de DLP sont calculés à partir desprofessions déclarées en préfecture par les candidat-es, catégorisées en classes populaires, moyennes et supérieures, puis pondérées par la position sur la liste. Pour en savoir plus :https://democratiserlapolitique.org/


LE CONSEIL MUNICIPAL SORTANT (chiffres calculés par DLP)

Pour comprendre : dans le tableau ci-dessous on lit que le CM sortant comporte 30% de classes supérieurs, alors qu’à Martigues il y en a 9%, etc.

On constate dans le CM sortant une sur-représentation des classes supérieurs (30% pour 9%), une légère sur- représentation des classes moyennes (28% pour 21%), et une grosse sous-représentation des classes populaires(14% pour 35%), une sous-représentation des retraité.e.s.


LA LISTE CHARROUX 2026 AU TEST DE PARITÉ (analyse réalisée par mes soins sur le logiciel de DLP, nous sommes en attente des chiffres calculés par DLP).

Les écarts avec la population de Martigues s’aggravent par rapport au CM sortant : encore plus de classes supérieures, encore moins de classes populaires !!


LA LISTE CCM AU TEST DE PARITÉ(chiffres calculés par DLP)


La mixité sociale de la liste du CCM n’est pas parfaite : sous-représentation des retraité.e.s, et surtout des classes populaires, sur-représentation marquée des classes moyennes et des classes supérieurs.

Toutefois par rapport à la liste Charroux, on notera une augmentation des classes moyennes, au détriment des classes supérieures.

C’est un résultat appréciable. Mais les efforts devront être approfondis vers les couches populaires.



CONCLUSIONS

LE CCM A PRÉSENTÉ UNE LISTE ET UNE DÉMARCHE ORIGINALES, CONÇUES POUR FAIRE DE LA POLITIQUE AUTREMENT.

Nous ne faisons qu’entamer le chemin vers une réelle démocratie. La route est dure vers une révolution citoyenne. Mais la reprise en main de pouvoirs par le peuple est un enjeu de taille. Soyons à la hauteur !